L’ingratitude des enfants : une réflexion éclairante d’Oscar Wilde sur les dérives de l’éducation
Ils ont tout sacrifié pour offrir le meilleur à leur progéniture. Alors pourquoi certains enfants, une fois adultes, se montrent-ils distants ou ingrats ? Les mots d'Oscar Wilde apportent un éclairage saisissant sur ce paradoxe parental universel.
Quand le dévouement parental tourne à l’étouffement
Imaginez un adulte brillant, comblé de réussite sociale. Pourtant, lorsqu’on l’interroge sur ses parents, sa réponse est surprenante : il leur reproche d’avoir vécu sa vie à sa place. Chaque détail était orchestré, des études aux loisirs, créant une enfance idéale sur le papier mais une sensation d’asphyxie en réalité.
Ce sentiment est plus répandu qu’on ne le croit. Dans leur désir légitime de bien faire, certains parents, en voulant tout contrôler et anticiper, oublient une vérité fondamentale : un enfant n’est pas un projet à mener à bien, mais un être humain à guider avec bienveillance.
L’enfant, une personne à part entière
Cette notion résonne avec la pensée de Kahlil Gibran, qui affirmait dans Le Prophète : « Vos enfants ne sont pas vos enfants. » Une phrase simple, mais qui remet en cause bien des certitudes. Elle souligne que chaque enfant possède sa propre personnalité, ses rêves et son tempo de vie, qui peuvent diverger radicalement des attentes familiales.
Lorsque cette individualité n’est pas respectée, l’enfant peut grandir avec le sentiment persistant de ne jamais être à la hauteur, ou d’être aimé uniquement s’il se conforme au moule parental. Conséquence : même en atteignant des succès extérieurs, il peut rester habité par un doute profond ou une colère rentrée.
L’obsession de la performance et ses limites
En visant à tout prix l’excellence, certains éducateurs en oublient les apprentissages essentiels du quotidien. Prenons l’exemple d’une amie, première de sa promotion dans une grande école, mais totalement perdue face aux réalités pratiques de la vie adulte. Elle maîtrisait les théories complexes, mais pas l’art de gérer son budget ou son quotidien avec apaisement.
Ce déséquilibre met en lumière une focalisation excessive : on forme l’enfant à répondre aux exigences du monde extérieur, mais on néglige de lui apprendre à écouter sa voix intérieure. Comme Ivan, dont la passion pour le football a été étouffée au profit de cours de piano jugés plus prestigieux, devenu un adulte accompli mais rongé par un sentiment d’inaccomplissement.
L’amour conditionnel et le poids des attentes
Oscar Wilde pointait ce paradoxe avec une lucidité cinglante : « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; plus tard, ils les jugent ; rarement, voire jamais, ils leur pardonnent. » Derrière cette formule se cache une réalité : un amour parental trop directif ou conditionnel peut laisser des cicatrices durables.
Aujourd’hui, cette pression se manifeste souvent par une hypervigilance scolaire. Chaque note est analysée, les performances sont sans cesse comparées, faisant porter sur les épaules de l’enfant le fardeau d’une réussite qui ne lui appartient plus pleinement.
La gratitude, un sentiment qui ne s’achète pas
Une autre dérive contemporaine consiste à confondre affection et compensation matérielle. Combler tous les désirs, sans laisser place à la frustration, peut empêcher l’enfant de découvrir ce qui le motive véritablement. Plus tard, lorsque les parents espèrent en retour de la reconnaissance, ils se heurtent souvent à un vide relationnel. La gratitude authentique se cultive dans la qualité du lien, pas dans l’abondance des cadeaux.
Apprendre à lâcher prise pour préserver le lien
Les frictions ne disparaissent pas toujours à l’âge adulte. Certains parents persistent à vouloir orienter les choix de vie de leurs enfants, même lorsque ces derniers ont fondé leur propre foyer. Ce conflit de générations peut s’étirer sur des années, illustrant à quel point il peut être difficile de faire confiance et de respecter l’autonomie de l’autre pour entretenir une saine relation parent-enfant.
Aimer son enfant, c’est finalement accepter de marcher à ses côtés sans décider de sa destination, jusqu’au jour où il est prêt à tracer son propre chemin.

