Le dernier souhait culinaire : ce que les patients en soins palliatifs demandent le plus souvent
En fin de vie, un simple plat peut être un véritable baume pour l'âme. Un chef en soins palliatifs nous dévoile la demande culinaire la plus émouvante et inattendue, révélant comment la cuisine devient un langage d'amour et de réconfort.
Une vocation bien plus qu’un métier
Pour Spencer Richards, cuisiner à Sobell House est une mission du cœur. Il considère que préparer un ultime repas pour quelqu’un constitue l’un des privilèges les plus intenses de sa profession. Dans cet univers, le menu se modèle entièrement aux désirs des résidents, qu’ils soient modestes ou surprenants. Qu’il s’agisse d’un plat réconfortant de rue, d’un dessert qui évoque l’enfance ou d’une recette toute simple, chaque création vise à honorer les souvenirs et les émotions de la personne, incarnant une vision profondément humaine de la cuisine en soins palliatifs.
La demande qui surprend le plus
On s’attendrait à des mets raffinés ou des spécialités exquises. La réalité est toute autre et bien plus touchante. Le souhait qui revient le plus souvent n’est ni luxueux ni compliqué : c’est le gâteau d’anniversaire. Peu importe que le patient ait 25 ou 95 ans, le rituel de souffler des bougies et de recevoir un gâteau coloré conserve une puissance émotionnelle extraordinaire. Pour certains, c’est même la première fois qu’ils vivent une telle célébration. Ces instants, d’une simplicité désarmante, réintroduisent de la lumière et de la gratitude dans un moment fragile.
Une gastronomie adaptée aux sens
Les perceptions gustatives évoluent en fin de vie. Les saveurs peuvent s’altérer, certaines textures devenir rebutantes et l’envie de manger s’amenuiser. Le talent du chef réside alors dans un réajustement délicat : assaisonnement léger, goûts plus doux, présentations qui facilitent la dégustation. Les desserts, souvent plus appréciés, tiennent une place de choix. S’inspirant de la finesse française, Spencer Richards imagine des préparations onctueuses, servies avec élégance, même si le patient ne peut en prendre que quelques bouchées.
Un réconfort qui se transmet aux proches
Ce qui marque le plus profondément le cuisinier, ce sont les témoignages des familles. Des proches qui reviennent, bien plus tard, pour exprimer leur gratitude, parfois autour d’une table, parfois juste par un mot. Ces gestes rappellent une évidence : la nourriture nourrit bien plus que le corps, elle alimente les liens affectifs. Un plat préparé avec attention se transforme en souvenir partagé, un moment précieux ancré dans la mémoire collective.
La place essentielle des petits plaisirs
Cette philosophie trouve aussi écho en France. Virginie Guastella, qui dirige l’unité de soins palliatifs du CHU de Clermont-Ferrand, insiste sur l’importance de préserver les joies simples. Dans son service, on propose même un bar à vin adapté, permettant de goûter une gorgée de quelque chose de familier. L’objectif n’est pas la quantité, mais de préserver la dignité, un semblant de normalité et le lien social, au cœur de l’accompagnement de fin de vie.
Le partage, ingrédient principal
Pour de nombreuses personnes, le repas est avant tout un prétexte à la présence. Être entouré, sentir une attention bienveillante, échanger des souvenirs autour d’un plat connu compte souvent davantage que le contenu de l’assiette. Les soignants observent à quel point cuisiner ensemble, même de façon très basique, peut apaiser et instaurer une atmosphère sereine. Une soupe, une compote ou une boule de glace deviennent alors de véritables ponts vers des moments de bonheur passés.
Dans ces lieux où le temps est précieux, un gâteau, une cuillerée de crème ou un repas partagé peuvent suffire à rappeler que l’affection et la chaleur humaine transitent aussi, et surtout, par les sens et le cœur.



